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Compétition... les débuts...

Comment on fait pour commencer ?

      Voilà une question qui nous revient régulièrement, adressée par des ados prêts à casser leur tirelire pour participer à la Junior Cup, ou des plus âgés qui ont déjà compris que ce n'est décidément pas sur la route qu'ils peuvent se permettre des exploits (sans doute valorisants pour l'orgueil mais bien risqués pour leurs points de permis et pour leur portefeuille).

     Faisons donc œuvre de pédagogie : quelques explications s'imposent, aux plus jeunes des adolescent(e)s comme aux adultes la tête pleine des belles images de MotoGP ou du Superbike.
     Commençons par le commencement, en partant de la sage idée que c'est sur la piste qu'on roule le plus en sécurité – quelle que soit la vitesse – et que vous n'avez qu'une envie : voir ce dont vous êtes capable avec un guidon entre les mains.
      J'ai besoin de quoi pour commencer ?
     Eh bien, pour commencer, il faut disposer de plusieurs choses :
-     Un équipement de sécurité : casque, bottes, gants, cuir. Tout ça se vend un peu partout, y compris d'occasion.
-     Un circuit pas loin de chez vous. Là, ça va déjà en refroidir certains.

 -   Les circuits ne sont pas si nombreux en France ; pas grand-chose à faire si vous habitez l'île d'Ouessant ou la Corrèze. Harceler le maire de votre commune, peut-être…
 -   L'autorisation de rouler : c'est le côté administratif de la chose. Il vous faut une licence (un simple permis de conduire suffit sur certains circuits). Et pour avoir la licence, il faut un autre document qui s'appelle le Certificat d'Aptitude au Sport Motocycliste ou CASM.
-    Le CASM est facile à obtenir : il suffit d'écouter attentivement quelques explications sur le pilotage en piste et savoir les répéter lors de l'examen. Qu'est-ce qu'un commissaire de piste, que faire si on vous agite sous le nez un drapeau rouge, que faire en cas de chute,… Rien de bien compliqué, c'est une simple question de bon sens. Il y a aussi une épreuve pratique (à moins que vous n'ayez déjà un permis de conduire), dont le but est simplement de vérifier que vous êtes capable de diriger une moto.
-    Ah oui. J'allais l'oublier : il vous faut une moto aussi…

      Le sujet est vaste, nous allons y revenir. Disons simplement pour l'instant que selon votre âge, vous êtes limité en cylindrée : 50 cm3 pour les moins de douze ans, 125 cm3 pour les moins de seize ans, sans limitation passé seize ans.

      Ca y est, j'ai tout le matos, et même une ZCBRYSS 1200 foule powère. C'est bien ?
C'est surtout bien de la laisser au garage… A moins d'avoir beaucoup d'argent à perdre ou même quelques os en trop, vous avez tout intérêt à démarrer plus modestement. Une moto ultra-performante bourrée de chevaux, si on n'apprend pas à s'en servir, c'est aussi inutile qu'une cuisine high-tech pour cuire des pâtes !
      Inutile d'investir des milliers d'euros : faites les petites annonces, cherchez une moto simple, pas chère, assez répandue pour qu'il soit facile de trouver des pièces à la casse. (Parce que, oui vous allez casser du matériel, c'est certain. Alors autant ne pas vous ruiner à acheter des pièces d'origine).

      Si vous roulez en 50, un cyclo racheté au livreur de pizza fera l'affaire pour commencer. En 125, c'est à peu près la même chose (évitez quand même les motos style biker, vraiment pas adaptées).
      Pour les plus âgés, il ne manque pas de Hornet, Bandit, CB500, ER6N ou similaire sur le marché de l'occasion. D'accord, ça ne fait pas vraiment pilote de compét', mais comme vous roulez plus comme un poireau que comme un pilote pour le moment, ça suffira bien. Quand vous aurez planté pour la cinquième fois votre moto dans le bac à graviers...
      Vous comprendrez que ça ne valait pas le coup de craquer pour le modèle de l'année.
      Un bon plan à ne pas négliger :

la catégorie Promo 500 Cup évolue et accepte à partir de l'an prochain la Honda CBF 500. Autant dire qu'il y aura probablement des CB 500 piste sur le marché de l'occasion.

      J'ai récupéré la vieille GPZ de mon père (ou la vieille mob de Grand-père), ça va bien le faire.
      Bravo. Maintenant un peu de préparation mécanique s'impose. Même si votre nouveau jouet a plus de 10 ans d'âge, il faut tout de même que tout fonctionne bien : moteur, freins, suspensions. Et surtout les pneus. Attendez encore un peu pour les slicks : des pneus sport feront bien l'affaire. Traînez un peu dans les paddocks, les pilotes revendent souvent des pneus usagés, trop usés pour la course, mais encore très convenables pour le poireau que vous êtes. Il reste encore une chose : oubliez l'idée d'aller jusqu'au circuit avec votre moto. Si vous la broyez, vous rentrerez comment ?
      Alors déshabillez-la de "tout ce qui est légal et qui casse" : phare, plaque; clignotants, rétroviseur, carénage d'origine.

Si vous tenez au carénage, achetez de l'adaptable, 5 à 10 fois moins cher que le modèle d'origine. Mettez la moto sur une remorque ou dans la camionnette de votre cousin fleuriste, et direction le circuit.

      Ben, ça y est je suis sur le circuit.
      Mais Houlàlà, c'est qu'ils roulent vite, dis donc ! Où je vais me mettre pour rouler, moi ?
      Pas de panique, en fait c'est plutôt simple. C'est devant qu'il faut regarder, pas derrière (C'est pour ça que les rétroviseurs ne servent à rien).
Sur piste, c'est à celui qui arrive sur vous de gérer la situation. Ne cherchez surtout pas à vous dégager de sa trajectoire : vous ne la connaissez pas, ça pourrait se terminer par un crash. Restez sur votre trajectoire, et laissez l'autre pilote vous passer comme il voudra. N'essayez pas d'aller vite :
regardez plutôt les trajectoires des autres pilotes.

Vous comprendrez vite quels sont ceux qui savent piloter et quels sont ceux qui sont à peine moins débutants que vous. Essayez de suivre les premiers (même juste du regard) et méfiez-vous des trajectoires hasardeuses des seconds. Quand vous vous sentez à l'aise, vous pouvez commencer à rouler vite, mais n'attendez pas d'être épuisé physiquement pour arrêter la séance.

      Ca va, je commence à rouler un peu mieux, mais je ne progresse pas vite.
C'est le moment de ressortir les économies que vous avez faites en n'achetant pas la dernière sportive. Offrez-vous un stage de pilotage. En deux ou trois jours, vous ferez plus de progrès que vous n'en avez faits les cinq derniers mois. Sur votre circuit préféré vous verrez comme vos temps vont très vite baisser. Ensuite, vous allez sans doute stagner un peu, puis diminuer encore vos temps. Après ça, vous commencerez enfin à être un vrai pilote…
      J'ai fait tout ça ; maintenant je voudrais essayer la compétition.
Bravo. Il ne reste plus qu'à choisir la formule qui vous plaît. Toujours pour ménager le portefeuille, vous avez tout intérêt à opter pour une formule dite "de promotion" (Junior Cup, 500 Cup, Roadster Cup, etc.). Le règlement technique est strict, pour éviter la coûteuse escalade à la performance. Quand vous aurez terminé dans le Top 5 du championnat, vous pourrez viser les catégories plus prestigieuses, mais pour l'instant, ça ne vous servirait qu'à faire des déplacements fatigants et vous dépouiller aux essais comme un beau diable, tout ça pour ne pas être qualifié et regarder la course du bord de piste.
Et maintenant, Gaz !

"In hoc signo vinces"
Texte: Bernard "lexter" Clabon
Photos: Eric "GAAZZZZZ